L'Ingénu qui roula

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16 février 2006

Une gifle à Vichy en 1943

 « L’INGENU QUI ROULA » évoque, sans s’appesantir, des souvenirs originaux.

   En voici un qui a, vous vous en doutez, marqué Raoul :

 

 

   « …..il passa  à Vichy devant l’hôtel du Parc. Une grande animation marquait la sortie d’une haute personnalité, et l’importance de ceux qui nous gouvernent.

  L’Ingénu curieux regardait lorsqu’il reçut une terrible gifle qui envoya voler son béret. Deux miliciens ricanants se tenaient derrière lui et le punissaient d’avoir manqué de respect, il n’a jamais su à qui ? »

 

 Quelle conséquence cette gifle a t’elle eue sur la vie de Raoul ? Imaginons !!!!

 Au lieu de s’enfuir, choqué, il se serait dirigé vers ce groupe virulent et aurait posé des questions à un jeune adulte au teint blême, coiffé d’un feutre a larges bords.

 

 -Qui est-ce ? Le Maréchal Pétain ?

 -Non dit l’autre. Le Maréchal a plus de 85 ans, on ménage ses émotions.

C’est un bon guide pour les français, qu’il faut entretenir précieusement en forme. Outre son glorieux passé militaire, il arrive d’un poste d’ambassadeur de France en Espagne où il a pu juger de l’état désastreux de ce pays, repris en mains par un Général expérimenté : Franco. Notre pays est maintenant dans le même piteux état.

 

 -Alors, est-ce le Premier Ministre, Pierre Laval ?

 -Oui, dit l’autre. C’est un homme volontaire qui mène la France vers son destin allemand. Il est né tout près de chez vous, enfant naturel issu d’un juge de paix en goguette, et commença sa vie en conduisant sur une patache a cheval les voyageurs de Chateldon vers la gare de Ris ; puis il fit la fierté de sa mère : trop intelligent, il devint avocat et possède un empire de presse, aidé par son engagement politique qui l’amena a ces brillantes responsabilités. Son avenir est à la hauteur de son action.

 

 -merci Monsieur. Tous ces gens qui les entourent que sont-ils ?

 - mon petit, ce sont tous de grands debaters qui refusent la démocratie du nombre qu’on leur imposa. En 1936, les paysans devenus ouvriers ont revendiqué leur part de bonne vie, et ont crée le Front Populaire qui a pris les commandes de la France. On ne pouvait les laisser gérer et se servir, mais n’ayant pas le nombre, des mouvements sectaires s’engagèrent violemment : un journaliste les qualifia  « les cagoulards ». Aussi après la « Débâcle » de la France quatre ans après, ils se sont tous regroupés ici, comme frelons dans ruche, et ils tentent de redresser le pays avec la passion politique qui les anime depuis longtemps.

 Ils haïssent le Communisme, les juifs, la franc-maçonnerie, et veulent  que la France retrouve son rang dans une discipline à l’allemande.

 

  -Etes-vous des leurs, Monsieur ?

 -Pas du tout, bien que ce soient mes amis pour la grandeur de la France.

J’arrive d’une famille bourgeoise de Saintonge, très catholique, et jusqu'à la fin de mes études, même en pension, je suis resté profondément traditionaliste. Nous ne pouvions supporter cette perte des valeurs chrétiennes reprises dans nos mouvements loyaux  d’anciens combattants issus de la Grande Guerre : « Croix de guerre, Croix de Feu » ; d’ailleurs, notre devise : « Travail, Famille, Patrie ».a été adoptée par ce gouvernement. Nous n’aimons pas le coup de feu, mais il ne faut pas nous chercher querelle ; notre chef, le Colonel De La Rocque, est intransigeant.

 Nous n’avons pas  de problèmes avec les juifs qui sont souvent très intelligents, bien qu’ici le Commissariat aux affaires Juives soit très important ; comme chrétiens, nous sommes très charitables a tous les croyants ; nos églises sont ouvertes à tous, mêmes infidèles. Nous méprisons l’argent qui corrompt, surtout quand on en a bourgeoisement assez.

 

 -Vous êtes très intelligent vous-même, Monsieur, que faites-vous ici ?

 -je tente de rattraper le temps perdu, puisque je suis de la « classe 36 » comme beaucoup d’autres et que je n’ai encore jamais travaillé a 26 ans. Après un sursis pour terminer mes études de droit à Science Po, sans devenir avocat, j’ai été mobilisé dans cette « drôle de guerre », et fait prisonnier. Je me suis évadé le 10 Décembre 1941, et le 14 janvier suivant, après examen, j’étais admis dans les services de Vichy dont je suis l’un des plus jeunes responsables. Ce fut vite fait. J’aime bien manipuler les masses humaines. J’ai commencé par être affecté a la « Légion de Combattants » que je connais bien depuis les Croix de Feu, mais j’ai pu paraître un peu novice pour bien les regrouper. Je prends en charge ces prisonniers de guerre qui reviennent fatigués. Ce furent mes frères de souffrance.

 

 -Comment vous appelez-vous Monsieur ?

  - François.

 -Nous reverrons-nous, Monsieur François ; les temps sont si difficiles!

 

Après cette conversation imaginaire, l’histoire de François dans une chambre d’hôtel en guise de bureau continue, sereine. Dans cette fourmilière il fait des connaissances. Son chef est Maurice Pinot, qui fut ministre, redevenu chef de la commission de reclassement des prisonniers de guerre rapatriés, et son meilleur ami Jean Vedrine, qui est le chef du secrétariat particulier du Maréchal. Ce dernier classe les rapports arrivant des préfectures, où l’on parle entre autres de la résistance.  Il a un passé engagé dans les cagoulards. L’un des journalistes amis de François est Gabriel Jeantet qu’il connaît depuis 1940. Un autre est l’attaché de presse Jean-Paul Martin, un ancien policier. C’est un spécialiste des faux papiers souvent utiles aux prisonniers rescapés. Dans un gouvernement, quel qu’il soit, on groupe des moyens de réponse à tous les problèmes même les plus contestables.

 

  Trois nouvelles annoncent l’orage.

-le 8 Novembre 1942, les américains débarquent en Afrique du Nord

-le 11 Novembre 1942, la zone libre est envahie par les allemands

-le 31 Janvier 1943, Paulus capitule à Stalingrad et Hitler le confirme.

 

 

 La victoire de l’Allemagne devient incertaine.

 L’avenir du gouvernement de Vichy s’assombrit.

 

 Il faut se préparer à changer de bord, on en a les moyens.

 

Se place alors un événement stupide qu’on n’a pu refuser et empoisonnera la carrière de François : il est décoré pour ses mérites de la Francisque par le Maréchal, scène immortalisée par un photographe comme toute intronisation..

  Comble ! Ses parrains sont :

 -Gabriel Jeantet et Simon Arbellot, deux journalistes au lourd passé très militant de cagoulards.

 La scène a lieu dit-on le 16 Août 1943 .

 François Mitterand figure sur le répertoire des récipiendaires sous n° 2202, l’un des derniers promus du régime. Cet honneur ne sera plus guère sollicité l’année suivante.

 

 Quelle symbolique dans cette ridicule broche de cuivre émaillé de 28 millimètres, et le petit certificat qui l’accompagne !

 

  La Haute Cour a identifié 2626 titulaires.

 L’ordre de la francisque en décompte 2093, les manquants étant radiés, décédés, où effacés (le 513 et le 2172, par exemple). Ceux cités par Pierre Pean dans 

« une jeunesse française » sont soigneusement selectionnés.

 Sur ce nombre 27 sont plus jeunes que François Mitterrand ; ils ne sont guère plus de un pour cent. C’est donc indiscutablement une distinction de notables nés principalement entre 1890 et 1910

 Le protocole précise quelques règles :

-elle est accordée par un « Conseil de la Francisque » que préside le Grand Chancelier

de la Légion d’Honneur,assisté de 12 membres désignés par le Chef de l’Etat.

-il convient de présenter des garanties morales incontestées et remplir trois conditions ci-après :

a) avant la guerre avoir pratiqué une action nationale et sociale et conforme aux principes de la Révolution Nationale.

b) manifester depuis la guerre un attachement actif a l’œuvre et a la personne du Maréchal

 c) avoir de brillants états de service, militaires où civiques.

 

 La prestation de serment se fait en ces termes :

« Je fais don de ma personne au Maréchal Pétain, comme il a fait don de la sienne a la France. Je m’engage a servir ses disciplines et a rester fidèle a sa personne et a ses œuvres.

 

Suivent les signatures officielles de tous les membres présents. Le Maréchal Pétain délègue généralement un représentant. Sa présence ce jour là montre l’importance qu’il accordait a ce jeune homme brillant. François Mitterrand occupe les fonctions de

« Délégué au service National des étudiants », fonction inconnue jusqu’alors qui peut permettre des voyages officiels.

 

 Après cette brillante cérémonie, François Mitterrand va-t’il s’enfuir comme un conspirateur par l’escalier de service ? C’est peu probable.

  Il faut auparavant assurer l’avenir incertain. Il conserve sa chambre,

 Et la prête à Pol Pilven qui y est arrêté le 11 Novembre 1943.

 

 Beaucoup de « patriotes » se sont reconstitués après la clandestinité des états de service glorieux qui les font entrer dans la légende.

  L’approche est inverse pour les Vichystes. Avant la clandestinité, il faut se créer un statut de futur résistant. Pas facile, lorsqu’en Août 1943, on est encore ostensiblement honoré par le Régime.

 Choisissons un beau nom de guerre : « Morland » cela sonne comme « D’Artagnan ». Ensuite, prenons contact avec ceux d’en face. Jean Vedrine a tous les dossiers ( il va d’ailleurs établir a la Libération l’Histoire de la Résistance !).

 Dans cette nébuleuse de la clandestinité on compte les résistants des villes, et les maquisards des champs. Si les premiers comme Henri Fre nay sont accessibles, les seconds sont encore plus méfiants.

   L’arrivée d’un avion Westland Lysander de la R.A.F. suppose une bonne logistique. Etre d’abord averti par Londres. Grouper les maquisards nécessaires dont 5 où 6 d’entre eux avec des lampes torches vont former une lettre : M où W par exemple sur le terrain. les autres étant aux abords où en couverture. La charge utile de l’avion n’excède pas 200 kilos. S’il atterrit, de nuit évidemment, ce pilote militaire, courageux et expérimenté a des consignes précises données par ses chefs a Londres ; pas du tout du genre « après-vous, cher Ami ».

 

 Citons, pour ceux qui ne connaissent pas cette époque que les avions

larguaient des containers parachutés plus facilement qu’ils atterrissaient. Cet approvisionnement en armes légères limité par les capacités de l’avion convenait bien au climat insurrectionnel communiste redouté a la Libération. Les idées de François Mitterand de faire reconnaître les anciens prisonniers de guerre de toute obédience comme combattants actifs de ne pouvaient que lui assurer un mauvais accueil.

 Nous n’irons pas plus loin dans cette recherche sur la clandestinité qui est du domaine de chaque individu et a donné lieu a des récompenses de prestige, comme les décorations, et d’intérêt comme les pensions modestes où non d’anciens résistants. Se frotter aux tenants du pouvoir donne une intense jubilation.

 

  Raoul ne terminera pas cependant sans une adresse a une jeune femme de la nouvelle génération :

 

 

 

  Mademoiselle,

 

 J’ai lu quelques uns de quelque 80 ouvrages qui marquent cette histoire et montrent bien la complexité à la comprendre et a se justifier. Seule, la « vie de Jésus » a posé autant de questions a une époque où l’on était moins lettrés, mais qui a marqué notre civilisation.

 Je doute fort que les historiens du futur puissent démêler cet écheveau sans apporter une nouvelle pierre a l’édifice.

  Exemple : j’ai lu dans « une affaire d’amitié » votre préface, dont j’ai admiré les qualités littéraires. Vous avez de l’étoffe, Mademoiselle, votre avenir promet. Ne vous brûlez pas les ailes.

  Pourquoi Diable dans ce livre, page 81 laissez-vous passer une pseudo-vérité qui  se trompe d’une année : « nous sommes le 15 Octobre 1942, trois mois après l‘épisode illustré par la fameuse photo de sa rencontre avec le Maréchal Pétain… en Décembre 1942, tout juste entré dans la résistance…. » Méfiez-vous un peu du «  Judas » qui a signé la postface !

 Vous avez une lourde responsabilité d’avenir, Mademoiselle. En sortant ce fameux registre bien caché où figurent les dates d’intronisation des francisqués, vous rendrez un grand service a la France qui depuis plus de soixante ans est empoisonnée par cette histoire. Je vous suggère un nom de livre :

 « UNE ERREUR DE JEUNESSE BIEN FRANCAISE »  mais vous saurez en trouver un plus flamboyant pour défendre une mémoire qui vous est chère.

 

 Veuillez croire, Mademoiselle, en ma sincérité.

 

.  RAOUL L’INGENU

Posté par briletpirao à 19:57 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Instructif

Mon cher Raoul,
particulièrement instructif cet article. Le " Grand Homme " aurait-il voulu faire de grandes choses dans sa vie pour se repentir de ce qu'il avait fait de mal plus jeune ? Nos dirigeants aiment à manipuler le petit peuple par soif de pouvoir, mais beaucoup de gens ne sont pas dupés par ces mauvais esprits. Avec le temps la vérité revient.
Alain

Posté par Betty et Alain, 17 février 2006 à 08:07

m

merci de ton pas sage sur les blogs

Posté par pierrot le zygo, 26 octobre 2006 à 14:11

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